Jeux vidéo d'horreur
La saga Outlast : comment un studio de Montréal a réinventé la peur
En 2013, un jeu sans arme a terrifié des millions de joueurs. Outlast vous mettait dans la peau d'un journaliste armé d'une simple caméra dans un asile psychiatrique. Retour sur une saga qui a marqué l'horreur à la première personne.
Red Barrels, un studio de vétérans
Red Barrels est fondé en 2011 à Montréal par Philippe Morin, David Chateauneuf et Hugo Dallaire, des développeurs passés par de grands studios comme Ubisoft Montréal et EA. Ils veulent créer un jeu d'horreur plus petit, plus intense, centré sur la vulnérabilité du joueur.
Leur premier jeu sort sur PC en septembre 2013, puis sur consoles. C'est un succès immédiat, porté par les vidéos de joueurs qui hurlent sur YouTube, une tendance alors en pleine explosion.
Outlast, l'asile du mont Massive
Le joueur incarne Miles Upshur, un journaliste indépendant qui reçoit un message anonyme. Il se rend à l'asile du mont Massive, dans les montagnes du Colorado, géré par une société mystérieuse, Murkoff. Sur place, il découvre que les patients ont été victimes d'expériences terribles et qu'ils ont pris le contrôle des lieux.
La grande idée du jeu, c'est que Miles ne peut pas se battre. Il peut seulement courir, se cacher dans un placard ou sous un lit, et filmer. Sa caméra possède un mode de vision nocturne, indispensable dans l'obscurité, mais il consomme des piles qu'il faut trouver. Cette mécanique simple crée une tension permanente : il faut voir, mais chaque seconde de vision coûte.
Whistleblower, le lanceur d'alerte
En 2014 sort Whistleblower, un contenu additionnel. On y incarne Waylon Park, un ingénieur informatique employé de Murkoff, celui-là même qui a envoyé le message à Miles. On revit les événements de l'asile depuis un autre point de vue, juste avant et pendant la catastrophe. Beaucoup de joueurs le considèrent comme encore plus dérangeant que le jeu de base.
Outlast 2, la terreur dans le désert
Outlast 2 sort en 2017. Changement de décor : le joueur incarne Blake Langermann, un caméraman qui enquête avec sa femme Lynn, journaliste, sur le meurtre d'une femme enceinte en Arizona. Leur hélicoptère s'écrase, et Blake se retrouve seul dans une région rurale contrôlée par une secte religieuse apocalyptique.
Le jeu reprend la caméra et la vision nocturne, en ajoutant un microphone directionnel qui permet d'entendre les ennemis à distance. Il aborde des thèmes très lourds, comme le fanatisme et les traumatismes d'enfance. Il a d'ailleurs connu des difficultés de classification dans certains pays à cause de sa violence.
The Outlast Trials, la saga passe en coopération
Après plusieurs années de développement, Red Barrels lance The Outlast Trials en accès anticipé en mai 2023, puis en version complète en mars 2024. Cette fois, l'action se déroule pendant la Guerre froide, dans un centre secret de Murkoff. Les joueurs incarnent des cobayes qui doivent réussir des épreuves sadiques pour être déclarés « réformés ».
Le jeu peut se jouer seul, mais il est pensé pour quatre joueurs. On retrouve la règle d'or de la saga : pas d'arme pour tuer, seulement des objets pour étourdir, se soigner ou distraire. La coopération ajoute une dimension nouvelle, avec des épreuves qui demandent de se répartir les tâches.
Ce que la saga a changé
Outlast a popularisé une formule que beaucoup de jeux ont reprise ensuite : la vue à la première personne, l'absence d'arme, la cachette comme seule défense, et un dispositif qui limite la vision du joueur. Avec Amnesia : The Dark Descent, sorti trois ans plus tôt, il a défini l'horreur à la première personne de la décennie 2010.
Il a aussi montré l'importance des vidéos de joueurs pour faire connaître un jeu d'horreur. Les réactions des joueurs devant les poursuites et les sursauts ont été une publicité énorme. C'est ce même phénomène qui fera plus tard le succès de Five Nights at Freddy's, de Phasmophobia et de Lethal Company.
La saga Outlast est réservée aux adultes, avec une classification PEGI 18. Elle contient des scènes très violentes et dérangeantes. Mais pour les amateurs du genre, c'est une référence incontournable.

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