Jeux vidéo d'horreur

Petite histoire du jeu vidéo d'horreur, d'Alone in the Dark à Lethal Company

Le jeu vidéo d'horreur est presque aussi vieux que le jeu vidéo lui-même. Il a inventé ses propres codes, souvent grâce à de petites équipes inventives. Et l'un des jeux les plus importants de son histoire est français.

Par l'équipe GhostHunters · 28 octobre 2026 · 3 min de lecture

Les débuts en pixels

Dès les années 1980, des développeurs tentent de faire peur avec très peu de moyens. En 1982, Haunted House, sur la console Atari 2600, propose d'explorer un manoir dans le noir : le joueur n'est représenté que par une paire d'yeux, et des allumettes éclairent brièvement les pièces. L'année suivante, un jeu adapté du film Halloween sort sur la même console.

En 1989, l'éditeur japonais Capcom sort Sweet Home, adapté d'un film d'horreur japonais. On y dirige une équipe qui explore un manoir hanté, avec des objets à combiner, des notes à lire et des personnages qui peuvent mourir définitivement. Ce jeu servira de modèle direct à une saga beaucoup plus célèbre.

Alone in the Dark, l'invention française

En 1992, le studio lyonnais Infogrames publie Alone in the Dark, conçu par Frédérick Raynal. Le joueur explore Derceto, un manoir de Louisiane hanté par des créatures inspirées de l'écrivain H. P. Lovecraft. La grande innovation, ce sont des personnages en trois dimensions qui se déplacent dans des décors fixes, dessinés et filmés sous des angles de caméra dramatiques, comme au cinéma.

Le jeu pose les bases de ce que l'on appellera le survival horror : peu de munitions, des énigmes, un héros vulnérable et une ambiance plus importante que l'action. Il est aujourd'hui considéré comme l'une des œuvres fondatrices du genre.

Resident Evil et Silent Hill

En 1996, Capcom sort Resident Evil sur PlayStation, réalisé par Shinji Mikami. Il reprend la formule d'Alone in the Dark avec des décors précalculés, des zombies et un manoir rempli d'énigmes. Le succès est immense, et c'est d'ailleurs la jaquette de Resident Evil qui popularise l'expression « survival horror ».

En 1999, Konami répond avec Silent Hill. Le jeu se déroule dans une petite ville envahie par le brouillard, qui cache autant les monstres qu'il économise la puissance de la console. Silent Hill mise sur l'horreur psychologique, le malaise et une bande-son très travaillée d'Akira Yamaoka. Silent Hill 2, en 2001, est encore cité comme l'un des meilleurs scénarios du jeu vidéo.

L'horreur japonaise et les fantômes

Au début des années 2000, l'horreur japonaise s'exporte. En 2001, Tecmo sort Fatal Frame, connu en Europe sous le nom de Project Zero. Le joueur y combat des fantômes en les photographiant avec un appareil photo ancien. C'est l'un des premiers grands jeux entièrement consacrés aux esprits plutôt qu'aux monstres, avec une ambiance inspirée des films japonais de l'époque.

La révolution de la première personne

En 2010, le petit studio suédois Frictional Games sort Amnesia : The Dark Descent. On y joue sans arme, à la première personne, dans un château sombre. La seule solution est de fuir ou de se cacher, et regarder les monstres trop longtemps fait perdre la raison. Le jeu devient une sensation sur YouTube, où des joueurs filment leurs réactions.

Suivent Slender en 2012, un jeu gratuit minimaliste inspiré d'une légende d'internet, Outlast en 2013, puis Five Nights at Freddy's en 2014, qui fait de la surveillance de caméras un cauchemar. La même année, P.T., démo jouable d'un Silent Hill finalement annulé, marque profondément les joueurs avec un simple couloir qui se répète.

Le grand retour des grandes sagas

En 2017, Resident Evil 7 passe à la première personne et retrouve une horreur intime dans une maison de Louisiane, comme un clin d'œil involontaire à Alone in the Dark. Les remakes de Resident Evil 2 en 2019 et de Silent Hill 2 en 2024 montrent que les classiques des années 1990 font encore peur aujourd'hui.

L'ère de la coopération

Depuis 2020, la grande tendance est l'horreur à plusieurs. Phasmophobia lance la mode des enquêtes paranormales en équipe, puis Lethal Company en 2023 et R.E.P.O. en 2025 deviennent des phénomènes grâce aux streams. Ces jeux font autant rire que trembler, et le chat de proximité, où l'on n'entend ses amis que s'ils sont proches, crée des moments inoubliables.

Quarante ans après les allumettes de Haunted House, le principe n'a pas changé : on ne voit pas tout, on entend des bruits, et l'imagination fait le reste.