Histoire du paranormal
Allan Kardec, l'homme qui fit du spiritisme une doctrine
Dans les années 1850, Paris se passionne pour les tables tournantes. Un pédagogue sérieux décide de les étudier et en tire une véritable philosophie. Sous le nom d'Allan Kardec, il devient l'une des figures les plus influentes du spiritisme mondial.
Hippolyte Rivail, pédagogue
Allan Kardec s'appelle en réalité Hippolyte Léon Denizard Rivail. Il naît à Lyon le 3 octobre 1804. Jeune homme, il étudie en Suisse, à Yverdon, auprès du célèbre pédagogue Johann Heinrich Pestalozzi, qui défend une éducation fondée sur l'observation et l'expérience plutôt que sur la récitation.
Installé à Paris, Rivail ouvre une école, donne des cours de chimie, de physique, d'astronomie et de mathématiques, et publie de nombreux manuels scolaires. Ce n'est ni un mystique ni un homme d'Église : c'est un enseignant rigoureux, intéressé par les sciences, et notamment par le magnétisme animal, très discuté à l'époque.
La mode des tables tournantes
Au début des années 1850, venues des États-Unis, les tables tournantes envahissent les salons européens. Des groupes d'amis posent les mains sur un guéridon, qui se met à bouger, à tourner, à frapper le sol avec un pied. On pose des questions, on compte les coups, on obtient des réponses.
En 1854, Rivail entend parler de ces phénomènes et reste d'abord sceptique. L'année suivante, il assiste à des séances. Il est frappé non pas par le mouvement des tables, mais par le contenu des messages, qui lui paraît trop cohérent pour être le fruit du hasard. Il décide de les étudier avec méthode.
Le Livre des Esprits
Rivail interroge les « esprits » par l'intermédiaire de plusieurs médiums, souvent des jeunes femmes, compare les réponses, les classe et les organise. Le 18 avril 1857, il publie Le Livre des Esprits, composé de plus de mille questions et réponses sur Dieu, l'âme, la vie après la mort et la morale. Pour signer l'ouvrage, il choisit le nom d'Allan Kardec, qu'un esprit lui aurait révélé comme celui d'une de ses vies antérieures, à l'époque des druides.
Le livre connaît un grand succès. Kardec fonde l'année suivante la Revue spirite et la Société parisienne des études spirites. Suivront Le Livre des Médiums en 1861, L'Évangile selon le spiritisme en 1864, puis Le Ciel et l'Enfer et La Genèse.
Une doctrine de la réincarnation
Ce qui distingue le spiritisme de Kardec du spiritualisme anglo-saxon, c'est la place centrale de la réincarnation. Pour lui, l'âme vit plusieurs existences successives pour progresser moralement. Les épreuves de la vie ne sont pas des punitions arbitraires mais des occasions d'apprendre. La charité est la valeur suprême, résumée par sa formule « Hors la charité point de salut ».
Kardec présente le spiritisme comme une science d'observation autant qu'une philosophie morale. Il se méfie des phénomènes spectaculaires et met en garde contre les médiums qui font payer leurs séances.
Critiques et condamnations
La doctrine attire de nombreux adeptes, mais aussi des adversaires. L'Église catholique la condamne fermement. En 1861, à Barcelone, l'évêque fait brûler publiquement plusieurs centaines de livres spirites lors d'un autodafé resté célèbre. Les scientifiques et les journalistes se moquent souvent des séances, et plusieurs médiums sont pris en flagrant délit de tricherie.
Kardec meurt d'une rupture d'anévrisme le 31 mars 1869 à Paris, à soixante-quatre ans. C'est le même jour que l'anniversaire des coups d'Hydesville, simple coïncidence qui a beaucoup plu à ses partisans.
Le dolmen du Père-Lachaise
Allan Kardec est inhumé au cimetière du Père-Lachaise, dans la 44e division. Sa tombe est un petit dolmen de granit, comme un monument druidique, avec un buste de bronze et une inscription qui résume sa pensée : naître, mourir, renaître encore et progresser sans cesse, telle est la loi.
C'est l'une des tombes les plus visitées du cimetière, toujours couverte de fleurs. Une superstition veut que l'on pose la main sur le buste en faisant un vœu. Les gardiens ont dû multiplier les rappels pour protéger le monument.
Un héritage surtout brésilien
En France, le spiritisme est devenu assez discret après la Première Guerre mondiale. Mais il a connu un succès considérable au Brésil, où des millions de personnes se réclament aujourd'hui de la doctrine de Kardec. Ses livres y sont vendus en grand nombre, et des centres spirites gèrent des hôpitaux, des écoles et des œuvres caritatives.
On peut penser ce que l'on veut des esprits qui parlent à travers des guéridons. Mais l'histoire d'Allan Kardec est celle d'un homme qui a tenté d'appliquer une méthode d'enseignant à une question que tout le monde se pose : que devient-on après la mort ?

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