Histoire du paranormal
La Society for Psychical Research, les premiers enquêteurs du paranormal
Bien avant les émissions de télévision, des philosophes, des physiciens et des médecins se sont réunis à Londres pour étudier les fantômes avec rigueur. La Society for Psychical Research existe toujours et a inventé beaucoup des méthodes des enquêteurs d'aujourd'hui.
Une société de savants
En 1882, en pleine vogue du spiritisme, un groupe d'universitaires de Cambridge décide qu'il est temps d'examiner ces phénomènes « sans préjugé ni parti pris ». Ils fondent à Londres la Society for Psychical Research, souvent appelée SPR. Le premier président est le philosophe Henry Sidgwick, professeur à Cambridge.
Parmi les fondateurs et premiers membres, on trouve l'essayiste Frederic Myers, le chercheur Edmund Gurney, le physicien William Barrett et Eleanor Sidgwick, mathématicienne et directrice d'un collège pour femmes. Plus tard, des personnalités célèbres rejoindront la société, comme le philosophe américain William James, le physicien Oliver Lodge ou même l'homme politique Arthur Balfour, futur Premier ministre.
Phantasms of the Living
L'un des premiers grands travaux de la SPR est un recensement. Les chercheurs lancent un appel au public et recueillent des milliers de témoignages d'apparitions, de pressentiments et de rêves prémonitoires. Ils les vérifient, interrogent les témoins, demandent des preuves écrites quand c'est possible.
En 1886, Gurney, Myers et Frank Podmore publient Phantasms of the Living, en deux volumes. Ils y étudient surtout les « apparitions de crise » : des personnes affirmant avoir vu un proche au moment même où celui-ci mourait loin d'elles. Ils proposent l'idée d'une transmission de pensée, et c'est Myers qui invente pour cela le mot « télépathie ».
Le recensement des hallucinations
En 1889, la SPR lance une enquête encore plus ambitieuse, le Census of Hallucinations, avec environ 17 000 personnes interrogées. Elle leur demande simplement si elles ont déjà vu, entendu ou senti une présence alors qu'il n'y avait personne. Environ une personne sur dix répond oui.
C'est un résultat important, même pour les sceptiques : il montre que les expériences de ce type sont fréquentes chez des personnes en bonne santé. Les chercheurs tentent aussi de montrer statistiquement que les apparitions coïncident plus souvent avec des décès qu'on ne l'attendrait par hasard. Leur méthode sera discutée pendant des décennies.
Les médiums sur le gril
La SPR examine de nombreux médiums. Le cas le plus célèbre est celui de Leonora Piper, une médium de Boston étudiée pendant des années par William James et Richard Hodgson. Elle ne produit pas de phénomènes physiques mais délivre en transe des informations parfois troublantes. Les chercheurs la font suivre par des détectives pour vérifier qu'elle ne se renseigne pas sur ses clients. Ils ne parviennent jamais à la prendre en défaut, sans pour autant prouver quoi que ce soit de surnaturel.
D'autres s'en sortent beaucoup moins bien. En 1884, Richard Hodgson enquête en Inde sur Helena Blavatsky, fondatrice de la Théosophie, et conclut à une fraude organisée. La médium italienne Eusapia Palladino est prise à tricher à Cambridge en 1895, puis étudiée de nouveau à Naples en 1908, avec des résultats plus troublants pour les enquêteurs.
Des méthodes devenues classiques
Beaucoup de pratiques des enquêteurs du paranormal viennent directement de la SPR : interroger les témoins séparément, noter les récits par écrit le plus vite possible, rechercher des explications naturelles, sceller les pièces, contrôler les mains et les pieds des médiums, chercher les preuves de fraude. La société a aussi enquêté sur des maisons hantées, dont le presbytère de Borley.
Elle a toujours compté parmi ses membres à la fois des croyants convaincus et des sceptiques sévères. Son rôle n'est pas de défendre une opinion mais de publier des enquêtes. Sa revue paraît depuis plus de cent quarante ans.
Un bilan nuancé
Après plus d'un siècle d'études, la SPR n'a jamais apporté de preuve qui ait convaincu la communauté scientifique de l'existence des fantômes ou de la télépathie. Elle a en revanche démasqué beaucoup de fraudes, et beaucoup appris sur la psychologie du témoignage, la mémoire, la suggestion et les hallucinations ordinaires.
Pour quiconque s'intéresse aux lieux hantés, son histoire contient une leçon simple : la curiosité et la rigueur ne sont pas incompatibles. On peut chercher l'inexplicable tout en commençant toujours par les explications les plus simples.

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