Histoire du paranormal

Houdini contre les médiums : le magicien qui chassait les faux esprits

Harry Houdini savait mieux que personne comment tromper un public. C'est justement pour cela qu'il est devenu, dans les années 1920, l'ennemi le plus redoutable des médiums. Une croisade qui lui a coûté une amitié célèbre.

Par l'équipe GhostHunters · 28 octobre 2026 · 3 min de lecture

Le roi de l'évasion

Erik Weisz naît à Budapest en 1874 et grandit aux États-Unis, dans une famille pauvre. Sous le nom de Harry Houdini, il devient le magicien le plus célèbre du monde grâce à ses évasions spectaculaires : menottes, camisoles de force, malles plongées dans l'eau, cellules de prison. Il connaît chaque technique, chaque astuce, chaque façon de détourner l'attention.

Houdini adore sa mère, Cecilia. À sa mort, en 1913, il est dévasté. Il aurait aimé croire qu'il était possible de lui parler encore. Il se rend chez des médiums, et chaque fois il repère les trucs qu'il connaît bien, ceux du music-hall et des numéros de mentalisme. Cette déception le rend furieux contre ceux qui exploitent le chagrin des familles.

L'amitié avec Conan Doyle

Arthur Conan Doyle, le créateur de Sherlock Holmes, est à l'inverse un fervent spiritualiste. Après la Première Guerre mondiale, où il a perdu son fils Kingsley, il consacre une grande partie de son temps et de sa fortune à défendre le spiritisme. Il rencontre Houdini en 1920. Les deux hommes s'apprécient et s'écrivent beaucoup.

En juin 1922, à Atlantic City, Lady Jean Doyle, épouse de l'écrivain, propose à Houdini une séance d'écriture automatique pour contacter sa mère. Elle remplit plusieurs pages d'un message affectueux, en anglais, commençant par une croix. Houdini reste poli, mais il n'en croit rien : sa mère, juive, ne parlait presque pas anglais, et le message ne mentionne même pas que ce jour-là est son anniversaire. Quand il le dit publiquement, l'amitié se brise.

Le prix du Scientific American

En 1922, la revue Scientific American offre une forte récompense à tout médium capable de produire un phénomène physique réel devant un comité d'experts. Houdini fait partie du jury. Plusieurs candidats sont examinés et échouent.

Le cas le plus célèbre est celui de Mina Crandon, une femme de Boston connue sous le nom de « Margery ». Ses séances impressionnent plusieurs membres du comité. Houdini, lui, est convaincu de la fraude. Il fabrique une boîte en bois où elle doit s'asseoir, ne laissant sortir que la tête et les mains, pour l'empêcher de manipuler quoi que ce soit. Les séances tournent au conflit, avec des accusations de tricherie des deux côtés. Le prix ne sera finalement jamais attribué.

Démasquer sur scène

Houdini ne se contente pas d'enquêter. Il monte des spectacles où il reproduit sous les yeux du public les phénomènes des médiums : coups frappés, trompettes qui flottent dans le noir, messages écrits sur des ardoises. Il explique ensuite comment c'est fait. Il assiste aussi incognito à des séances, parfois déguisé, puis révèle la supercherie.

En 1924, il publie A Magician Among the Spirits, un livre qui raconte l'histoire du spiritisme et expose les méthodes de fraude. En 1926, il témoigne devant le Congrès des États-Unis en faveur d'une loi contre les voyants payants à Washington. La loi ne sera pas adoptée.

Un pacte pour après la mort

Houdini n'était pas fermé à l'idée d'une vie après la mort. Il voulait simplement des preuves. Avec sa femme Bess, il convient d'un code secret : si l'un d'eux meurt, il tentera de transmettre ce message à l'autre. Un médium qui le donnerait apporterait une preuve véritable.

Houdini meurt le 31 octobre 1926, le soir d'Halloween, d'une péritonite après une rupture de l'appendice. Pendant dix ans, Bess organise une séance chaque année à cette date. En 1929, le médium Arthur Ford affirme avoir reçu le code. Bess semble d'abord le confirmer, puis l'affaire tourne à la polémique, certains affirmant que le code avait déjà été publié. En 1936, après une dernière séance sur le toit d'un hôtel de Hollywood, Bess éteint la bougie qu'elle gardait allumée près de son portrait et déclare que dix ans, c'est assez long pour attendre un homme.

L'héritage de Houdini

La tradition de la séance d'Halloween pour Houdini se perpétue encore aujourd'hui, organisée chaque année par des magiciens. Mais son vrai héritage est ailleurs : il a montré que pour démasquer un trucage, il faut quelqu'un qui connaît les trucages. Bien des enquêteurs sceptiques après lui, à commencer par le magicien James Randi, ont suivi exactement cette voie.