Science & sceptiques
Infrasons : le son qu'on n'entend pas mais qui fait frissonner
Certains sons sont trop graves pour que l'oreille les perçoive. Pourtant, notre corps pourrait réagir à leur présence. Une histoire célèbre, celle de Vic Tandy, a fait des infrasons une explication sérieuse de certaines expériences de lieux hantés.
Qu'est-ce qu'un infrason ?
Un son est une vibration de l'air. Sa hauteur dépend de sa fréquence, mesurée en hertz, c'est-à-dire en nombre de vibrations par seconde. L'oreille humaine perçoit en général les sons entre environ 20 hertz et 20 000 hertz. En dessous de 20 hertz, on parle d'infrasons.
Les infrasons sont partout. Ils sont produits par les orages, le vent, les vagues, les tremblements de terre, les volcans, mais aussi par des machines : ventilateurs, moteurs, compresseurs, éoliennes, trafic routier. Les éléphants et les baleines s'en servent pour communiquer sur de longues distances.
L'histoire de Vic Tandy
Dans les années 1990, Vic Tandy est un ingénieur qui travaille dans un laboratoire d'une entreprise d'équipements médicaux près de Coventry, en Angleterre. Le bâtiment a la réputation d'être hanté. Des employés parlent d'un sentiment de malaise, de frissons, d'une présence.
Une nuit, Tandy ressent lui-même une angoisse inexpliquée, transpire, et croit voir du coin de l'œil une forme grise. Quand il tourne la tête, il n'y a rien. Le lendemain, il apporte un fleuret d'escrime pour le réparer et le fixe dans un étau. La lame se met à vibrer seule, de plus en plus fort au centre de la pièce.
Tandy comprend que la pièce est traversée par une onde stationnaire. Il cherche la source : un ventilateur d'extraction récemment installé. Il mesure une fréquence d'environ 19 hertz. Quand le ventilateur est modifié, les phénomènes disparaissent. En 1998, il publie son enquête avec le psychologue Tony Lawrence dans la revue de la Society for Psychical Research, sous le titre « Le fantôme dans la machine ».
Une fréquence qui ferait trembler les yeux
Pourquoi 19 hertz ? Tandy s'appuie sur des recherches menées par la NASA et d'autres laboratoires, qui avaient évoqué une résonance du globe oculaire autour de cette fréquence. Si l'œil vibre légèrement, la vision périphérique pourrait produire de fausses formes, ce qui expliquerait la silhouette grise.
Cette hypothèse reste discutée. Les fréquences de résonance de l'œil citées dans les études varient beaucoup, et les mécanismes exacts ne sont pas établis. Mais l'idée générale, selon laquelle des vibrations fortes peuvent provoquer un inconfort physique, est bien acceptée.
L'expérience du concert de Londres
En 2003, des chercheurs britanniques, dont le psychologue Richard Wiseman et l'ingénieur acoustique Richard Lord, organisent une expérience au Purcell Room, une salle de concert de Londres. Pendant un concert de musique contemporaine, ils diffusent à certains moments, à l'insu du public, un infrason de 17 hertz grâce à un énorme tuyau.
Les spectateurs remplissent un questionnaire à la fin de chaque morceau. Environ 22 % d'entre eux rapportent davantage de sensations inhabituelles pendant les passages avec infrasons : malaise, frissons, anxiété, tristesse, pression dans la poitrine. L'effet est modeste, mais il existe.
Une explication parmi d'autres
Les infrasons ne peuvent pas tout expliquer. Ils ne font pas apparaître de silhouettes précises, ne font pas parler les murs et ne déplacent pas d'objets. Mais ils peuvent contribuer à cette impression diffuse que « quelque chose ne va pas » dans une pièce, que l'on retrouve dans de nombreux témoignages.
Les vieux bâtiments ont souvent des sources d'infrasons : cheminées où le vent s'engouffre, longs couloirs, tuyauteries, ventilations, routes proches. Des églises anciennes équipées de grandes orgues produisent aussi des notes extrêmement graves. Certains chercheurs pensent que ces sons ont pu renforcer le sentiment de sacré chez les fidèles.
Pour les enquêteurs
Pour une équipe qui explore un lieu réputé hanté, mesurer les vibrations et les sons graves est une bonne pratique. Il existe des microphones et des applications capables d'enregistrer les basses fréquences, même si les téléphones sont peu fiables en dessous de 20 hertz. L'essentiel est de chercher d'abord les sources mécaniques : un appareil qui tourne, un courant d'air, une machine dans la cave.
L'histoire de Vic Tandy montre la meilleure démarche possible : il a ressenti quelque chose d'étrange, ne l'a pas nié, mais a cherché une cause. Et il l'a trouvée.

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