Science & sceptiques
Monoxyde de carbone : quand une maison « hantée » est surtout dangereuse
Certaines maisons hantées n'abritent pas de fantôme mais une chaudière défectueuse. Le monoxyde de carbone, invisible et sans odeur, peut provoquer des hallucinations. C'est aussi un poison mortel, et c'est la première chose à vérifier.
Un gaz invisible
Le monoxyde de carbone, de formule CO, est produit par la combustion incomplète de matières comme le gaz, le bois, le charbon, le fioul ou l'essence. Il n'a ni couleur, ni odeur, ni goût. On ne peut pas le détecter sans appareil.
Quand on le respire, il se fixe sur l'hémoglobine du sang à la place de l'oxygène, avec une affinité environ deux cents fois plus forte. Le sang transporte alors de moins en moins d'oxygène vers les organes, en particulier le cerveau et le cœur. En France, cette intoxication touche plusieurs milliers de personnes chaque année et cause encore des décès, surtout en période de chauffage.
Des symptômes trompeurs
Une intoxication légère et répétée provoque des maux de tête, de la fatigue, des nausées, des vertiges et une sensation de confusion. Ces symptômes ressemblent à ceux d'une grippe et passent souvent inaperçus. Ils ont une particularité : ils s'améliorent quand on quitte la maison et reviennent quand on rentre.
À des niveaux plus élevés ou sur une longue durée, le manque d'oxygène dans le cerveau peut provoquer des troubles de la perception : impression d'être observé, sons inexpliqués, ombres, sentiment d'angoisse, voire hallucinations visuelles ou auditives. Tout ce qu'il faut pour qu'une famille finisse par croire que sa maison est hantée.
Le cas publié en 1921
Un récit est souvent cité. En 1921, le médecin américain William Wilmer publie dans une revue d'ophtalmologie l'histoire d'une famille, appelée famille H., qui s'installe dans une vieille maison. Bientôt, tous souffrent de maux de tête et de fatigue. Ils entendent des pas, des sonneries, des bruits de meubles déplacés. La mère dit voir des silhouettes, et sent une main la saisir dans la nuit.
Un examen de la maison révèle une chaudière défectueuse qui laissait échapper des gaz de combustion. Une fois réparée, les phénomènes cessent et la santé de la famille s'améliore. Les historiens ont remarqué que le récit est très littéraire, mais il illustre bien un mécanisme médicalement réaliste.
Les sources à surveiller
Les principales sources de monoxyde de carbone dans un logement sont les chaudières et chauffe-eau mal entretenus, les poêles et cheminées dont le conduit est bouché, les chauffages d'appoint à combustion utilisés trop longtemps, les groupes électrogènes à l'intérieur et les fours ou braseros utilisés pour chauffer une pièce. Une ventilation insuffisante, par exemple des aérations bouchées pour garder la chaleur, aggrave le risque.
Les bons réflexes
Les autorités de santé françaises rappellent quelques gestes simples :
- Faire vérifier chaque année les appareils de chauffage et les conduits par un professionnel.
- Ne jamais boucher les aérations, même quand il fait froid.
- Ne pas utiliser un chauffage d'appoint en continu, ni un groupe électrogène à l'intérieur.
- Installer un détecteur de monoxyde de carbone près des appareils à combustion.
- En cas de maux de tête, de nausées ou de vertiges chez plusieurs personnes à la fois : aérer, sortir de la maison et appeler le 15, le 18 ou le 112.
Pour les chasseurs de fantômes
Si vous explorez un vieux bâtiment, ou si un ami vous dit que sa maison est hantée et que tout le monde y a mal à la tête, pensez au monoxyde de carbone avant de penser aux esprits. Un détecteur coûte une vingtaine d'euros et peut sauver des vies.
Les enquêteurs sérieux le savent : la première étape de toute enquête est d'écarter les causes physiques. Dans le cas du monoxyde de carbone, ce n'est pas seulement une question de méthode, c'est une question de sécurité.

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