Culture de l'horreur

Le Horla de Maupassant et la naissance du fantastique français

Le fantastique français est moins connu que l'épouvante anglaise ou américaine, mais il a donné quelques chefs-d'œuvre. Le plus célèbre est Le Horla, de Guy de Maupassant, un récit sur la peur de devenir fou face à une présence invisible.

Par l'équipe GhostHunters · 28 octobre 2026 · 3 min de lecture

Qu'est-ce que le fantastique ?

En littérature, le fantastique désigne des récits où un événement inexplicable surgit dans un monde réaliste. Le théoricien Tzvetan Todorov l'a défini en 1970 par l'hésitation : le lecteur, comme le personnage, ne sait pas si ce qui arrive est surnaturel ou s'il existe une explication rationnelle, comme la folie, le rêve ou une illusion. Dès qu'on tranche, on sort du fantastique.

Le genre se développe en France au XIXe siècle, sous l'influence des récits gothiques anglais et de l'écrivain allemand E. T. A. Hoffmann, très lu à Paris dans les années 1830.

Les pionniers

Charles Nodier est souvent présenté comme l'un des premiers grands auteurs du fantastique français, avec des récits comme Smarra en 1821 et Trilby en 1822. Théophile Gautier écrit La Morte amoureuse en 1836, histoire d'un jeune prêtre qui tombe amoureux d'une femme morte qui revient la nuit. Prosper Mérimée publie La Vénus d'Ille en 1837 : une statue antique déterrée dans un village du Roussillon semble prendre vie.

Gérard de Nerval, avec Aurélia, et plus tard Villiers de l'Isle-Adam, avec ses Contes cruels, ajoutent au genre des récits de rêve, de folie et de cruauté.

Maupassant, l'angoisse personnelle

Guy de Maupassant, né en 1850 en Normandie, est surtout célèbre pour ses nouvelles réalistes et ses romans comme Bel-Ami. Mais il a aussi écrit de nombreux contes fantastiques, comme La Main, Qui sait ? ou La Chevelure. Ces récits sont souvent racontés à la première personne par des hommes qui doutent de leur propre raison.

Ce thème avait chez lui une résonance intime. Maupassant souffrait de troubles nerveux, de migraines et d'hallucinations, liés en grande partie à la syphilis qu'il avait contractée jeune. Son frère Hervé est mort interné. Lui-même finit sa vie dans une clinique psychiatrique à Paris, où il meurt en 1893, à quarante-deux ans.

Le Horla

Le Horla existe en deux versions. La première, en 1886, est le récit d'un homme qui raconte son histoire à des médecins. La seconde, publiée en 1887, est beaucoup plus célèbre : elle prend la forme du journal intime du narrateur.

Celui-ci vit dans une belle maison au bord de la Seine, près de Rouen. Un jour, il salue un beau trois-mâts brésilien qui passe sur le fleuve. Peu après, il commence à se sentir mal, fiévreux, angoissé. La nuit, il a l'impression qu'un être s'assied sur sa poitrine. Il découvre que l'eau de sa carafe a été bue alors qu'il dormait, fermé à clé dans sa chambre.

Il se persuade qu'un être invisible vit à ses côtés, se nourrit de lui et prend peu à peu le contrôle de sa volonté. Il l'appelle le Horla. Une scène célèbre le montre devant son miroir : il ne voit plus son propre reflet, comme si quelque chose de transparent se tenait entre lui et la glace.

Le récit se termine de façon tragique. Pour détruire l'être invisible, le narrateur met le feu à sa maison, en oubliant ses domestiques. Puis il comprend que le Horla n'est peut-être pas mort, et envisage de se tuer.

Un récit toujours moderne

Ce qui rend Le Horla si fort, c'est qu'on ne sait jamais vraiment s'il existe. Est-ce une créature venue d'ailleurs, peut-être arrivée avec le bateau brésilien ? Ou le récit d'un homme qui sombre dans la folie ? Maupassant laisse toutes les pistes ouvertes. Il évoque aussi l'hypnose et les expériences du médecin Jean-Martin Charcot, très célèbres à l'époque à l'hôpital de la Salpêtrière.

Le Horla est l'un des grands ancêtres de toutes les histoires de présence invisible, au cinéma comme dans les jeux vidéo. Le narrateur qui note chaque nuit ses observations, les objets déplacés, la peur qui s'installe : on retrouve ces éléments dans d'innombrables récits modernes.

Par où commencer ?

Pour découvrir le fantastique français, Le Horla est un excellent point de départ : il se lit en une heure et il est libre de droits, donc facile à trouver gratuitement. La Vénus d'Ille de Mérimée et La Morte amoureuse de Gautier sont aussi courtes et passionnantes. Toutes les trois sont souvent étudiées au collège et au lycée, et elles font encore très bien leur effet un soir d'orage.