Culture de l'horreur
Urbex et lieux abandonnés : ce qu'il faut savoir avant d'y aller
Châteaux oubliés, sanatoriums fermés, usines rouillées : l'exploration urbaine, ou urbex, attire de plus en plus de curieux, souvent attirés par la réputation hantée de certains lieux. Avant de se lancer, il faut connaître les risques et les règles.
Qu'est-ce que l'urbex ?
L'urbex, abréviation de l'anglais « urban exploration », consiste à explorer des lieux abandonnés ou interdits au public : bâtiments industriels, hôpitaux fermés, maisons délaissées, tunnels, bunkers. Les explorateurs y cherchent l'atmosphère d'un lieu figé dans le temps, la beauté de la ruine et souvent de belles photographies.
Les lieux réputés hantés attirent particulièrement, car l'abandon et l'histoire d'un bâtiment nourrissent toutes les légendes. Mais un lieu abandonné n'est pas un décor de jeu vidéo. Il présente de vrais dangers.
Ce que dit la loi
En France, un bâtiment abandonné a presque toujours un propriétaire : une personne, une entreprise, une commune ou l'État. Y entrer sans autorisation peut poser plusieurs problèmes juridiques. Entrer dans un lieu habité, ou considéré comme un domicile, sans y être invité est un délit, la violation de domicile. Pour d'autres lieux, l'intrusion peut être sanctionnée selon les cas, par exemple dans les sites industriels protégés, les installations ferroviaires ou les zones militaires.
Surtout, toute dégradation, même minime, est punie : forcer une porte, briser une fenêtre ou une serrure, taguer, emporter un objet. Prendre quelque chose sur place, même une simple photo trouvée au sol, peut être considéré comme un vol. Et en cas d'accident sur une propriété où l'on n'avait rien à faire, il est difficile de faire valoir ses droits.
La solution la plus simple est de demander une autorisation au propriétaire. Beaucoup de photographes le font, et certains propriétaires acceptent. Il existe aussi des visites organisées et légales de lieux abandonnés, ainsi que des sites patrimoniaux qui conservent volontairement leur aspect de ruine.
Les dangers réels
Les principaux risques ne viennent pas des fantômes :
- Les planchers et les escaliers. Le bois pourrit, les poutres cèdent, une marche peut s'effondrer sous le poids d'une personne.
- Les toitures et les plafonds. Des morceaux de plâtre, de tuiles ou de métal peuvent tomber à tout moment.
- L'amiante. Beaucoup de bâtiments construits avant 1997 en contiennent, dans les toitures, les dalles de sol ou les isolants. Ses fibres, très dangereuses quand on les respire, se libèrent quand les matériaux s'abîment.
- Les puits, les trous et les fosses. Ils sont souvent cachés par la végétation, les débris ou l'obscurité.
- Les produits chimiques. Les anciennes usines peuvent contenir des substances toxiques.
- Les autres visiteurs. Un lieu abandonné peut être occupé, ou fréquenté par des personnes mal intentionnées.
Les règles de prudence
Les explorateurs expérimentés suivent quelques règles simples :
- Ne jamais y aller seul, et toujours prévenir quelqu'un de l'endroit où l'on va et de l'heure de retour.
- Y aller de jour, avec une vraie lampe torche et des piles de rechange.
- Porter de bonnes chaussures montantes, des gants et des vêtements couvrants.
- Emporter un masque de protection respiratoire adapté si l'on soupçonne de la poussière ou de l'amiante.
- Tester chaque plancher avant d'y mettre tout son poids, rester près des murs, éviter les étages fragiles.
- Faire demi-tour au moindre doute. Aucune photo ne vaut une blessure.
L'éthique de l'explorateur
La communauté de l'urbex a une règle célèbre : ne rien prendre sauf des photos, ne rien laisser sauf des traces de pas. Ne pas forcer, ne pas casser, ne pas déplacer les objets pour une photo et ne pas taguer, pour que le lieu reste intact pour les suivants.
Beaucoup d'explorateurs gardent aussi les adresses secrètes. Publier l'emplacement exact d'un lieu sur les réseaux sociaux attire souvent des pilleurs et des vandales, et accélère sa destruction.
Et les fantômes ?
Les lieux abandonnés sont propices aux sensations étranges : bruits de structure, courants d'air, échos, animaux, lumière changeante et fatigue. Ajoutez la nervosité de se trouver dans un lieu interdit et l'histoire parfois sombre du bâtiment, et l'imagination s'emballe facilement.
Si l'ambiance paranormale vous attire, il existe des façons plus sûres d'en profiter : les visites nocturnes organisées de sites historiques, les jeux d'enquête paranormale en coopération, ou les escape games sur le thème de l'épouvante. On y frissonne autant, avec un plafond qui a de bonnes chances de rester en place.

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