Histoire du paranormal
Photographies de fantômes : de Mumler aux fées de Cottingley
Quand la photographie apparaît, beaucoup pensent qu'elle va enfin prouver l'existence des esprits : un appareil ne peut pas mentir. Les photographes, eux, découvrent très vite qu'il est facile de faire mentir un appareil.
William Mumler et le premier fantôme
En 1861, à Boston, William H. Mumler, graveur de bijoux et photographe amateur, développe un autoportrait. Sur l'image, une silhouette transparente apparaît à côté de lui. Il affirme qu'il s'agit d'une cousine décédée. Les spirites s'enthousiasment, et Mumler ouvre un studio où il propose des portraits avec les esprits des proches disparus.
Les clients affluent, souvent des familles endeuillées par la guerre de Sécession. Ils paient cher pour obtenir une image où un visage flou apparaît derrière eux. Mumler s'installe ensuite à New York.
Le procès de 1869
Des doutes apparaissent rapidement. Certains clients reconnaissent dans les « esprits » des personnes bien vivantes qui sont passées au studio. En 1869, Mumler est poursuivi pour escroquerie à New York. Le célèbre forain P. T. Barnum témoigne contre lui et présente une photo truquée de lui-même avec le fantôme d'Abraham Lincoln, pour prouver que tout photographe peut le faire.
Mumler est finalement acquitté, faute de preuve de la méthode précise. Mais sa réputation est ruinée. Ironie de l'histoire, sa photo la plus célèbre date de quelques années plus tard : un portrait de Mary Todd Lincoln, la veuve du président, avec derrière elle une silhouette qui ressemble à son mari.
Comment on fabriquait un fantôme
Les techniques de l'époque sont simples. La plus courante est la double exposition : on expose la plaque photographique une première fois avec la silhouette de l'« esprit », puis une seconde fois avec le client. Les temps de pose étaient longs, ce qui permettait aussi à un assistant de passer brièvement dans le champ, laissant une trace transparente.
D'autres photographes préparaient à l'avance des plaques déjà impressionnées, collaient des découpages, ou retouchaient les négatifs. Vers 1900, un photographe anglais, William Hope, et son « cercle de Crewe » produisent des centaines de photos spirites. En 1922, le chercheur Harry Price lui tend un piège en marquant secrètement les plaques. Les plaques utilisées pour la photo de l'esprit ne sont pas les siennes : Hope les avait échangées.
Les fées de Cottingley
L'affaire la plus célèbre ne concerne pas des fantômes mais des fées. En 1917, dans le village de Cottingley, dans le Yorkshire, deux cousines, Elsie Wright, seize ans, et Frances Griffiths, neuf ans, prennent deux photographies où l'on voit Frances entourée de petites fées ailées et Elsie avec un gnome.
Les photos circulent dans les milieux théosophiques et arrivent jusqu'à Arthur Conan Doyle, qui prépare un article sur les fées pour le magazine The Strand. En 1920, il les publie avec enthousiasme, et les filles prennent trois nouvelles photos. Le débat fait rage. Pour les sceptiques, les fées ressemblent trop à des dessins de livres d'enfants. Pour Conan Doyle, des fillettes ne peuvent pas avoir fabriqué un tel trucage.
Les aveux de 1983
Pendant plus de soixante ans, Elsie et Frances restent évasives. En 1983, devenues de vieilles dames, elles reconnaissent que les fées étaient des découpages de dessins, inspirés d'illustrations d'un livre pour enfants, maintenus avec des épingles à chapeau. Frances a cependant toujours affirmé que la cinquième et dernière photo était authentique, et qu'elle avait réellement vu des fées. Elsie n'était pas d'accord.
Elles avaient commencé par un jeu, pour prouver aux adultes qu'elles voyaient bien des fées au bord du ruisseau. Quand un écrivain célèbre s'en est mêlé, elles ne savaient plus comment avouer.
Et aujourd'hui ?
Avec les appareils numériques et les téléphones, les photos de « fantômes » sont plus nombreuses que jamais. La plupart s'expliquent par des phénomènes très ordinaires : un mouvement pendant une pose longue qui crée une silhouette transparente, un reflet dans une vitre, un insecte près de l'objectif, la buée de l'haleine par temps froid, une erreur de traitement automatique du téléphone en mode panorama ou en faible lumière.
L'histoire des photographies spirites nous apprend à regarder les images avec méfiance. Elle montre aussi que les trucages les plus efficaces sont ceux qui répondent à un désir profond : revoir ceux qu'on a perdus ou croire que le monde contient encore un peu de magie.

Passe de saison