Culture de l'horreur

Villa Diodati, été 1816 : la nuit où naquirent Frankenstein et le vampire

En juin 1816, quelques jeunes écrivains anglais, bloqués par une pluie interminable dans une villa près de Genève, se lancent un défi : écrire chacun une histoire de fantômes. De ce jeu naîtront deux des mythes les plus importants de la littérature d'épouvante.

Par l'équipe GhostHunters · 28 octobre 2026 · 3 min de lecture

L'année sans été

En avril 1815, le volcan Tambora, sur l'île de Sumbawa en Indonésie, connaît l'une des éruptions les plus violentes de l'histoire. Des quantités énormes de cendres et de gaz montent dans l'atmosphère et voilent le soleil sur une grande partie de la planète. L'année suivante, 1816, est surnommée « l'année sans été ».

En Europe et en Amérique du Nord, les récoltes sont catastrophiques. En Suisse, il pleut presque sans arrêt, les orages sont violents et il fait froid. Les famines provoquent des émeutes dans plusieurs régions.

Une compagnie sulfureuse

C'est dans ce contexte que le poète Lord Byron, déjà très célèbre et poursuivi par les scandales, loue la villa Diodati, une belle maison sur les hauteurs de Cologny, au bord du lac Léman. Il est accompagné de son médecin personnel, John William Polidori.

Non loin de là, s'installent le poète Percy Bysshe Shelley et sa compagne, Mary Wollstonecraft Godwin, dix-huit ans, fille de la philosophe féministe Mary Wollstonecraft et du penseur William Godwin. Avec eux se trouve Claire Clairmont, la demi-sœur de Mary, qui a eu une liaison avec Byron. Le petit groupe passe de longues soirées ensemble à la villa.

Le défi de Byron

À cause de la pluie, ils restent souvent enfermés. Ils lisent à voix haute un recueil d'histoires de fantômes allemandes traduites en français, Fantasmagoriana. Un soir de juin, Byron propose un défi : chacun doit écrire une histoire de fantômes.

Byron commence un récit sur un aristocrate mystérieux mais l'abandonne rapidement. Shelley se lance lui aussi, sans aller loin. Polidori, lui, va reprendre le fragment de Byron. Mary peine pendant plusieurs jours à trouver une idée.

Le rêve de Mary

Dans la préface de l'édition de 1831 de son roman, Mary Shelley raconte que l'idée lui est venue après une conversation entre Byron et Shelley sur les expériences du galvanisme, l'utilisation de l'électricité pour faire bouger des muscles d'animaux morts, et sur la possibilité de ranimer un cadavre. Cette nuit-là, incapable de dormir, elle voit en pensée un étudiant penché sur une créature qu'il a assemblée et qui commence à s'animer.

Elle écrit d'abord une courte nouvelle, puis la développe à la demande de Shelley. Frankenstein ou le Prométhée moderne est publié anonymement à Londres en janvier 1818. Mary a vingt ans. Le roman raconte l'histoire de Victor Frankenstein, un jeune scientifique qui crée un être vivant, puis l'abandonne, horrifié par son apparence. La créature, rejetée par tous, se venge.

Le Vampire de Polidori

Polidori, de son côté, transforme l'ébauche de Byron en une nouvelle, Le Vampire, publiée en 1819. Le vampire, Lord Ruthven, est un aristocrate séducteur et cruel, que beaucoup de lecteurs identifient à Byron lui-même. Le texte est d'abord attribué à Byron par l'éditeur, ce qui provoque une dispute.

Cette nouvelle change complètement l'image du vampire. Jusqu'ici, c'était une créature du folklore d'Europe de l'Est, un cadavre bouffi qui sort de sa tombe. Polidori en fait un homme élégant et charmeur qui fréquente la haute société. C'est ce modèle que reprendra Bram Stoker avec Dracula en 1897.

Une destinée tragique

Le destin des membres du groupe est souvent tragique. Polidori meurt en 1821, à vingt-cinq ans. Percy Shelley se noie en 1822 lors d'une tempête en Italie. Byron meurt en 1824 en Grèce, où il était parti soutenir la guerre d'indépendance. Mary Shelley, veuve à vingt-quatre ans, continue d'écrire jusqu'à sa mort en 1851.

Ce que l'été 1816 nous a laissé

La villa Diodati existe toujours, près de Genève. C'est une propriété privée, mais elle reste un lieu de pèlerinage pour les amateurs de littérature. De cette nuit pluvieuse sont nés le premier grand roman de science-fiction et le vampire moderne, deux figures qui hantent encore le cinéma, les séries et les jeux vidéo deux siècles plus tard.

Il y a quelque chose de réconfortant dans cette histoire : une bande d'amis, une soirée pluvieuse, un défi d'histoires qui font peur. C'est exactement ce que l'on fait encore aujourd'hui, autour d'un feu de camp ou dans un salon vocal à minuit.