Lieux hantés
Château de Brissac : la Dame verte et le crime de 1477
Avec ses sept étages, le château de Brissac, en Anjou, est surnommé le géant du Val de Loire. Il est aussi l'un des châteaux les plus célèbres de France pour son fantôme, la Dame verte, au visage abîmé.
Un géant inachevé
Le château de Brissac se trouve au sud d'Angers, dans le Maine-et-Loire. Ce que l'on voit aujourd'hui date surtout du début du XVIIe siècle : Charles II de Cossé, maréchal de France, entreprend de remplacer la forteresse médiévale par un palais moderne. Le chantier n'a jamais été terminé, ce qui donne à l'édifice une silhouette étrange, avec un grand pavillon central encadré par deux grosses tours rondes qui ont survécu à l'ancien château.
La famille de Cossé-Brissac possède les lieux depuis le début du XVIe siècle, et y habite toujours. C'est l'une des rares grandes demeures de France encore occupées par les descendants de ceux qui l'ont fait construire. On y visite des salons, une chambre où Louis XIII a séjourné, un théâtre construit à la fin du XIXe siècle, et des caves où l'on produit du vin.
Charlotte de Brézé, fille de roi
La légende remonte à l'époque du château médiéval. Charlotte de Brézé est la fille naturelle du roi Charles VII et d'Agnès Sorel, sa favorite, première maîtresse officielle d'un roi de France. Elle épouse Jacques de Brézé, grand sénéchal de Normandie, dont la famille possède alors Brissac.
Le mariage n'est pas heureux. Selon les chroniques, une nuit de 1477, Jacques de Brézé surprend sa femme avec un amant, un écuyer nommé Pierre de Lavergne. Fou de rage, il les tue tous les deux. L'affaire fait scandale, car Charlotte est la demi-sœur du roi Louis XI. Jacques de Brézé est condamné, ses biens sont confisqués, puis il obtient finalement le pardon royal après des années de procédure.
Une robe verte et un visage sans traits
Selon la tradition, l'âme de Charlotte n'a jamais quitté le château. On la décrit vêtue d'une longue robe verte, d'où son surnom. Ce qui frappe dans les récits, c'est son visage : à la place des yeux et du nez, on ne verrait que des trous, comme si les blessures de cette nuit-là ne s'étaient jamais refermées.
Elle hanterait surtout la tour de la chapelle, l'une des deux tours médiévales conservées. Les témoignages parlent de gémissements la nuit, souvent vers les premières heures du jour, et d'une silhouette verte aperçue près des fenêtres. Le château lui-même entretient la légende, et un portrait d'une dame en robe verte figure dans la demeure.
Comment naît une légende de château
Les histoires de dames blanches, grises ou vertes sont très nombreuses en France. Elles suivent souvent le même schéma : une femme noble, un crime passionnel ou une mort injuste, puis une apparition liée à une couleur et à un endroit précis du château. La couleur aide à retenir l'histoire et à la distinguer de celle du voisin.
Le cas de Brissac est intéressant parce que le crime est documenté. Le double meurtre de 1477 est bien attesté par les archives judiciaires et par les chroniques de l'époque. C'est la suite qui relève du folklore. Le détail du visage troué n'apparaît, semble-t-il, que dans des récits beaucoup plus tardifs, sans doute pour rendre l'histoire plus saisissante.
Il faut aussi rappeler que le château actuel n'est pas celui où le crime a eu lieu. Seules les deux grosses tours sont antérieures aux travaux du XVIIe siècle. C'est d'ailleurs pour cela que la légende s'est fixée dans la tour de la chapelle : c'est l'un des seuls endroits qui existaient déjà en 1477.
Visiter Brissac
Le château est ouvert au public une grande partie de l'année. Les visites guidées racontent l'histoire de la famille, celle de l'édifice, et bien sûr celle de la Dame verte. Des visites nocturnes et des animations sont parfois organisées autour d'Halloween.
Que l'on croie ou non aux fantômes, Brissac montre bien comment une affaire criminelle réelle peut se transformer, siècle après siècle, en récit surnaturel. Charlotte de Brézé a réellement existé et a réellement été tuée. Le reste appartient à ceux qui se racontent son histoire à la tombée de la nuit.

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