Lieux hantés
La tour de Londres, neuf siècles de fantômes
Forteresse, palais royal, prison, lieu d'exécution : la tour de Londres a tout connu depuis Guillaume le Conquérant. Pas étonnant que ses gardiens racontent, depuis des générations, des histoires que les touristes adorent entendre.
Une forteresse née de la conquête
La construction de la tour Blanche, le grand donjon carré qui domine encore la Tamise, commence dans les années 1070, peu après la conquête normande de l'Angleterre. Guillaume voulait impressionner une ville qu'il venait de soumettre. Au fil des siècles, les rois ajoutent des enceintes, des tours et des fossés, jusqu'à former l'ensemble que l'on visite aujourd'hui.
Pendant longtemps, la Tour sert de résidence royale. Mais c'est surtout sa fonction de prison d'État qui a forgé sa réputation. Des reines, des ministres, des évêques et des conspirateurs y ont attendu leur procès, souvent leur exécution. Les plus illustres étaient décapités sur la pelouse de Tower Green, à l'intérieur des murs, loin de la foule. Les autres mouraient sur Tower Hill, juste à l'extérieur, devant des milliers de spectateurs.
Anne Boleyn, la plus célèbre des revenantes
Deuxième épouse d'Henri VIII, Anne Boleyn est accusée d'adultère, d'inceste et de trahison en 1536. Les historiens s'accordent aujourd'hui à dire que ces accusations étaient fabriquées : le roi voulait un fils et une nouvelle épouse. Anne est décapitée le 19 mai 1536 par un bourreau venu de Calais, qui utilise une épée plutôt qu'une hache. Elle est inhumée dans la chapelle Saint-Pierre-aux-Liens, à quelques pas du lieu de sa mort.
Les récits d'apparitions à son sujet sont nombreux, et souvent vagues : une dame en robe d'époque qui traverse Tower Green, une procession lumineuse aperçue dans la chapelle, une silhouette sans tête dans les couloirs. Une histoire très souvent répétée parle d'un soldat de garde, au XIXe siècle, qui aurait chargé à la baïonnette une forme blanche avant de s'évanouir. Il aurait été jugé pour s'être endormi en service, puis acquitté grâce à d'autres témoins. Comme beaucoup d'anecdotes de la Tour, elle circule sans archive vérifiable.
Les princes de la Tour
L'énigme la plus sombre de la forteresse est bien réelle. En 1483, à la mort d'Édouard IV, ses deux fils, Édouard, douze ans, et Richard, neuf ans, sont logés à la Tour par leur oncle, le futur Richard III. On les voit jouer dans les jardins pendant quelques semaines, puis plus du tout. Personne ne sait ce qui leur est arrivé.
En 1674, des ouvriers découvrent sous un escalier de la tour Blanche un coffre contenant les ossements de deux enfants. Charles II les fait inhumer à l'abbaye de Westminster. Leur identité n'a jamais été confirmée par une analyse moderne. Depuis, des visiteurs disent avoir aperçu deux garçons en chemise de nuit, main dans la main, dans la tour Sanglante, celle où la tradition place leur captivité.
L'étrange cylindre de 1817
L'un des rares témoignages signés vient d'Edmund Lenthal Swifte, gardien des joyaux de la Couronne. Il raconte avoir vu, un soir d'octobre 1817, pendant un dîner en famille dans la tour Martin, un cylindre de verre rempli d'un liquide bleuâtre flotter au-dessus de la table. Sa femme se serait écriée qu'elle était touchée. Swifte a publié son récit des années plus tard, ce qui le rend précieux mais pas pour autant vérifiable.
On raconte aussi qu'à la même époque, une sentinelle aurait vu un ours surgir d'une porte près de la salle des joyaux. La Tour a bel et bien abrité une ménagerie royale pendant six siècles, avec des lions, des ours et même un éléphant, jusqu'à son transfert au zoo de Londres dans les années 1830.
Les corbeaux et les Yeomen
Impossible de parler de la Tour sans évoquer ses corbeaux. Selon la légende, si les corbeaux quittent la forteresse, la monarchie et le royaume s'effondreront. On en garde donc toujours au moins six, nourris et soignés par un maître des corbeaux. Cette tradition est probablement plus récente qu'on ne le dit : les historiens n'en trouvent pas de trace avant l'époque victorienne.
Les gardiens en uniforme rouge et noir, les Yeomen Warders, surnommés Beefeaters, vivent dans l'enceinte avec leur famille. Ce sont eux qui transmettent les histoires de fantômes pendant les visites guidées. Ils ont tout intérêt à les raconter avec talent, et ils le font très bien.
Ce qu'il faut en retenir
La tour de Londres est l'exemple parfait d'un lieu dont la réputation repose sur une histoire vraie et terrible. Des exécutions ont bien eu lieu, des enfants ont bien disparu, des prisonniers ont bien gravé leur nom sur les murs de la tour Beauchamp, et on peut encore lire ces graffitis aujourd'hui. Les apparitions, elles, relèvent du récit oral, de l'imagination et de l'atmosphère d'un lieu chargé.
Si vous la visitez, ne cherchez pas forcément un fantôme. Prenez le temps de lire les inscriptions des prisonniers et de vous tenir sur Tower Green. C'est là que l'histoire fait le plus froid dans le dos.

Passe de saison