Lieux hantés
Mary King's Close, les rues enterrées d'Édimbourg
Au cœur de la vieille ville d'Édimbourg, une ruelle entière dort sous les fondations d'un bâtiment public. Mary King's Close est aujourd'hui l'un des lieux les plus visités d'Écosse, et l'un des plus célèbres pour ses histoires de fantômes.
Une ville verticale
Au XVIIe siècle, Édimbourg est enfermée dans ses remparts, sur une crête volcanique qui descend du château vers le palais de Holyrood. La population s'entasse le long de la grande rue, la Royal Mile, et dans les ruelles étroites et très pentues qui en partent, les « closes ». Les immeubles montent parfois sur dix étages ou plus, ce qui en fait certains des plus hauts d'Europe à l'époque.
Les plus riches vivent dans les étages intermédiaires, les plus pauvres en bas, près des ordures, ou tout en haut sous les toits. Il n'y a pas d'égouts : les eaux usées sont jetées par les fenêtres le soir, et ruissellent le long des ruelles jusqu'au marécage du Nor Loch, au pied de la colline.
Mary King, une commerçante bien réelle
La ruelle porte le nom de Mary King, une veuve qui y vivait dans les années 1630. Elle était marchande d'étoffes, et les archives montrent qu'elle était une femme indépendante et respectée, ce qui était rare à l'époque. Elle n'a rien d'un fantôme : c'est simplement l'une des habitantes dont le nom est resté.
La peste de 1645
En 1644 et 1645, une épidémie de peste frappe Édimbourg. Les autorités imposent des mesures sévères : les malades sont isolés, parfois enfermés chez eux, et des médecins de la peste parcourent la ville avec leurs célèbres masques à long bec remplis d'herbes, censés protéger de l'air vicié.
Une légende tenace raconte que les habitants de Mary King's Close auraient été emmurés vivants pour arrêter la contagion. Les historiens la contestent : la ruelle a continué d'être habitée après l'épidémie, et rien ne prouve un tel massacre. Comme souvent, la légende est plus spectaculaire que l'histoire.
Enterrée sous la Bourse
En 1753, la ville décide de construire un grand bâtiment pour les marchands, le Royal Exchange. Les étages supérieurs des maisons de plusieurs ruelles, dont Mary King's Close, sont démolis. Les parties basses, elles, servent de fondations. La ruelle se retrouve sous terre, coupée du monde.
Certaines parties restent utilisées jusqu'au XIXe siècle par des artisans, puis les lieux sont progressivement abandonnés. Le bâtiment au-dessus est devenu les City Chambers, l'hôtel de ville d'Édimbourg.
La petite Annie
L'histoire de fantôme la plus célèbre de Mary King's Close date de 1992. Une médium japonaise, Aiko Gibo, visite les lieux et dit ressentir dans une petite pièce la présence d'une fillette triste, qui aurait perdu sa poupée. Elle la nomme Annie et achète une poupée pour la lui offrir.
Depuis, les visiteurs du monde entier déposent des jouets dans la « chambre d'Annie ». La pile de peluches et de poupées est devenue l'une des images les plus connues du site. Les guides racontent l'histoire, en précisant bien qu'il s'agit d'une tradition récente et non d'un fait historique.
D'autres récits circulent, parfois depuis des siècles : au XVIIe siècle déjà, un livre, Satan's Invisible World Discovered de George Sinclair, publié en 1685, raconte qu'un couple installé dans la ruelle aurait vu des têtes et des membres flotter dans les airs.
Visiter aujourd'hui
Depuis 2003, Mary King's Close se visite avec des guides en costume qui incarnent d'anciens habitants. On descend dans les ruelles et les pièces voûtées, on découvre la vie quotidienne au XVIIe siècle, la peste et ses médecins, et bien sûr les légendes.
C'est un excellent exemple de lieu où l'histoire suffit à donner des frissons. Marcher dans une rue entière plongée dans le noir, sous un bâtiment administratif, au milieu des murs d'une ville disparue, fait autant d'effet que n'importe quelle histoire de fantôme.

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