Science & sceptiques

Pourquoi aime-t-on avoir peur ?

La peur est censée nous protéger du danger. Pourtant, des millions de personnes paient pour aller voir un film d'horreur, visiter un manoir hanté ou lancer un jeu qui les fera hurler. Les chercheurs ont plusieurs explications à ce paradoxe.

Par l'équipe GhostHunters · 28 octobre 2026 · 3 min de lecture

Ce qui se passe dans le corps

Quand on perçoit une menace, une petite structure du cerveau, l'amygdale, déclenche l'alarme avant même que l'on ait compris ce qui se passe. L'hypothalamus active le système nerveux sympathique, et les glandes surrénales libèrent de l'adrénaline et du cortisol. Le cœur accélère, la respiration devient rapide, les muscles se tendent, les pupilles se dilatent. Le corps se prépare à fuir ou à se battre.

Ce mécanisme est très ancien et très rapide. Il explique pourquoi on sursaute devant un bruit soudain dans un jeu vidéo, même en sachant parfaitement qu'on est en sécurité dans son salon. Une partie du cerveau réagit d'abord, une autre analyse ensuite.

La peur sans danger

La clé du plaisir, selon la plupart des chercheurs, c'est que le danger n'est pas réel. Le cortex préfrontal, la partie du cerveau qui raisonne, sait qu'on est assis au cinéma ou sur son canapé. On profite donc de l'excitation physique sans le risque.

Quand la menace disparaît, le corps relâche la tension. Beaucoup de gens décrivent alors une sensation de soulagement, d'euphorie, voire de fierté d'avoir tenu jusqu'au bout. La dopamine, liée au plaisir et à la récompense, joue sans doute un rôle dans ce sentiment.

Le laboratoire de la maison hantée

Au Danemark, le Recreational Fear Lab de l'université d'Aarhus étudie justement ce plaisir. Ses chercheurs ont équipé des visiteurs d'une attraction de maison hantée de capteurs de fréquence cardiaque, et leur ont demandé de noter leur peur et leur plaisir.

Leurs résultats, publiés en 2020, montrent qu'il existe un point idéal. Si l'expérience fait trop peu peur, on s'ennuie. Si elle fait trop peur, on ne s'amuse plus. Le plaisir est maximal au milieu, quand le cœur fait de grandes variations sans rester bloqué au maximum. Ils comparent cela aux montagnes russes : ce sont les hauts et les bas qui sont agréables.

S'entraîner à avoir peur

Une autre explication est que la peur récréative sert d'entraînement. En jouant à se faire peur, on apprend à gérer ses émotions, à respirer, à garder le contrôle dans une situation stressante. Les enfants le font depuis toujours avec les histoires de monstres et les jeux de cache-cache dans le noir.

Une étude menée par le même laboratoire au début de la pandémie de Covid-19 a même suggéré que les amateurs de films d'horreur avaient montré un peu plus de résilience psychologique pendant le premier confinement. Les auteurs restent prudents : cela ne prouve pas que les films en sont la cause.

Avoir peur ensemble

La peur se partage très bien. On crie, on rit, on s'accroche au bras de son voisin. Ces moments créent des souvenirs communs et renforcent les liens. C'est l'une des raisons pour lesquelles les jeux d'horreur en coopération ont autant de succès : on se fait peur ensemble, puis on rit de ses propres hurlements.

Les chercheurs observent aussi que certaines personnes recherchent davantage les sensations fortes que d'autres. Le psychologue Marvin Zuckerman a décrit ce trait de personnalité dès les années 1960 sous le nom de recherche de sensations. Les gens qui ont ce trait marqué aiment souvent les films d'horreur, les sports extrêmes et les expériences nouvelles.

Quand la peur n'est plus un jeu

Tout le monde n'aime pas avoir peur, et c'est parfaitement normal. Pour une personne anxieuse ou qui a vécu un traumatisme, une scène d'horreur peut réveiller des émotions très désagréables. Le plaisir de la peur repose sur le sentiment de contrôle. Quand ce sentiment disparaît, la peur redevient ce qu'elle est à l'origine : un signal d'alarme.

D'où une règle simple pour les soirées entre amis : personne ne doit être obligé de regarder ou de jouer. Une bonne soirée d'horreur, c'est quand tout le monde a choisi d'avoir peur.