Lieux hantés

Le presbytère de Borley, « la maison la plus hantée d'Angleterre »

Dans les années 1930, un presbytère en briques d'un petit village de l'Essex est devenu la maison hantée la plus célèbre du Royaume-Uni. Puis les enquêteurs ont commencé à creuser, et l'histoire est devenue beaucoup plus humaine.

Par l'équipe GhostHunters · 28 octobre 2026 · 3 min de lecture

Une maison sans histoire

Le presbytère de Borley est construit en 1862 par le révérend Henry Dawson Ellis Bull, recteur de la paroisse. C'est une grande maison victorienne, sombre et inconfortable, agrandie pour loger une famille de quatorze enfants. Elle se trouve en face de l'église, dans un village minuscule à la limite de l'Essex et du Suffolk.

Rapidement, des histoires circulent dans la famille Bull : des bruits de pas, une cloche qui sonne seule, et surtout une nonne aperçue dans le jardin, le long d'un chemin que les enfants surnomment « la promenade de la nonne ». Une légende locale raconte qu'un monastère se trouvait là autrefois, qu'une religieuse aurait voulu s'enfuir avec un moine, et qu'elle aurait été emmurée vivante. Aucun document historique n'atteste ce monastère ni cette histoire.

L'arrivée de Harry Price

En 1929, un journal londonien, le Daily Mirror, publie un article sur les phénomènes de Borley. Le nouveau recteur, Guy Eric Smith, et sa femme ont trouvé dans un placard un crâne de jeune femme et disent entendre des bruits étranges. Le journal fait appel à Harry Price, le chasseur de fantômes le plus médiatique de l'époque.

Price est un personnage complexe. Il a démasqué de faux médiums, mais il aime aussi les gros titres et les bonnes histoires. À Borley, les phénomènes se multiplient dès son arrivée : galets lancés, clés qui tombent, objets qui apparaissent. Plusieurs témoins, dont une journaliste, soupçonneront plus tard Price d'en avoir provoqué certains lui-même.

Les années Foyster

Le recteur suivant, Lionel Foyster, s'installe en 1930 avec sa femme Marianne, beaucoup plus jeune que lui. C'est la période la plus spectaculaire de l'affaire. Marianne dit être bousculée, giflée, enfermée. Des objets se brisent. Surtout, des messages griffonnés apparaissent sur les murs, adressés à elle : « Marianne, s'il vous plaît, aidez-moi ».

Les enquêteurs remarquent vite que les phénomènes se produisent surtout quand Marianne est présente, et parfois seule. On découvrira plus tard qu'elle menait une vie compliquée, avec une liaison et un second mariage non déclaré. Beaucoup d'auteurs pensent qu'elle a fabriqué une partie des manifestations, peut-être pour échapper à une situation qui l'étouffait.

L'expérience de 1937 et l'incendie

En 1937, la maison est vide. Price la loue pour un an et publie une petite annonce dans le Times pour recruter des observateurs bénévoles. Une quarantaine de personnes se relaient, notent le moindre bruit, la moindre variation. Les résultats sont maigres, mais Price en tire un livre en 1940 : « La maison la plus hantée d'Angleterre ». Le succès est énorme.

Entre-temps, le 27 février 1939, le presbytère brûle. Le nouveau propriétaire, le capitaine Gregson, dit avoir renversé une lampe à pétrole. Des témoins affirment avoir vu des silhouettes dans les flammes. Les assureurs, eux, soupçonnent une fraude à l'assurance. Les ruines sont démolies en 1944.

Le rapport qui a tout changé

Harry Price meurt en 1948. Quelques années plus tard, trois membres de la Society for Psychical Research, Eric Dingwall, Kathleen Goldney et Trevor Hall, réexaminent tout le dossier. Leur rapport, publié en 1956, est sévère : selon eux, la plupart des phénomènes s'expliquent par l'exagération, les erreurs d'observation, des bruits naturels de vieille maison, et des fraudes, dont certaines imputables à Price lui-même.

D'autres chercheurs ont défendu Price par la suite, et le débat n'a jamais été complètement clos. Mais le consensus actuel est clair : Borley est surtout l'histoire d'une maison sinistre, d'une légende de nonne sans fondement historique, de personnes qui avaient chacune leurs raisons de croire ou de faire croire, et d'un enquêteur qui savait vendre des livres.

Pourquoi Borley compte encore

Borley a fixé presque tous les codes de la maison hantée moderne : l'enquêteur qui s'installe avec son matériel, les observateurs qui se relaient, les phénomènes qui s'intensifient, le livre et la célébrité qui suivent. Des dizaines de films et d'émissions de chasse aux fantômes reproduisent ce schéma sans le savoir.

C'est aussi une leçon utile pour tous ceux qui s'intéressent au paranormal. Les témoignages les plus spectaculaires ne sont pas forcément les plus fiables, et il faut toujours se demander qui était présent, qui avait intérêt à ce que l'histoire continue, et qui a écrit le récit que l'on lit.