Lieux hantés

Winchester Mystery House : la maison construite pour les fantômes ?

À San José, en Californie, se dresse une immense maison victorienne aux couloirs absurdes. On raconte que sa propriétaire n'a jamais cessé de l'agrandir pour échapper aux esprits des victimes des fusils Winchester. La vérité est plus nuancée.

Par l'équipe GhostHunters · 28 octobre 2026 · 3 min de lecture

Une héritière en deuil

Sarah Lockwood Pardee épouse en 1862 William Wirt Winchester, fils du fondateur de la Winchester Repeating Arms Company, la fabrique de la célèbre carabine à répétition. Leur fille Annie naît en 1866 et meurt quelques semaines plus tard. En 1881, William meurt à son tour de la tuberculose.

Sarah hérite d'une fortune considérable et d'environ la moitié des actions de l'entreprise. Ses revenus sont tels qu'elle n'aura plus jamais de souci d'argent. En 1886, elle quitte la côte est et achète une ferme en construction dans la vallée de Santa Clara, en Californie, qu'elle va transformer pendant le reste de sa vie.

Trente-huit ans de travaux

La légende dit que les ouvriers ont travaillé jour et nuit, sans interruption, jusqu'à la mort de Sarah le 5 septembre 1922. C'est exagéré, mais le chantier a réellement duré des décennies. Le résultat est une demeure tentaculaire d'environ 160 pièces, avec quelque 2 000 portes, 10 000 fenêtres, 47 escaliers et autant de cheminées.

Certains détails sont célèbres : un escalier qui monte jusqu'au plafond, une porte du premier étage qui s'ouvre sur le vide, des fenêtres placées dans le sol, des couloirs en zigzag. Le chiffre treize revient souvent, avec des lustres à treize branches et des éviers à treize trous de vidange. Le tremblement de terre de 1906 a détruit une tour de sept étages et une partie de la maison, que Sarah n'a jamais fait reconstruire.

La légende du médium de Boston

L'histoire que l'on raconte aux visiteurs est la suivante : après la mort de son mari, Sarah aurait consulté un médium à Boston. Celui-ci lui aurait annoncé que sa famille était maudite par les esprits de tous ceux qu'avaient tués les fusils Winchester, et qu'elle devait partir vers l'ouest et construire sans jamais s'arrêter pour les apaiser. Les couloirs labyrinthiques auraient servi à égarer les esprits malveillants, et une pièce secrète, la salle des séances, lui aurait permis de communiquer avec eux chaque nuit.

Cette histoire est séduisante, mais elle n'est appuyée par aucun document de l'époque écrit par Sarah elle-même. Elle s'est surtout répandue après sa mort, quand la maison a été achetée et ouverte au public dès 1923, et qu'il a fallu attirer les curieux.

Ce que disent les historiens

La biographe Mary Jo Ignoffo a consacré un livre à Sarah Winchester en 2010. Elle y décrit une femme intelligente, discrète, passionnée d'architecture et d'horticulture, qui dessinait elle-même des plans et aimait expérimenter. Beaucoup de bizarreries de la maison s'expliqueraient par des réparations après le séisme, des projets abandonnés, ou simplement par une propriétaire qui construisait sans architecte et changeait souvent d'avis.

Sarah souffrait aussi d'arthrite sévère. Certains escaliers aux marches très basses, qui montent en lacets, lui permettaient de se déplacer malgré la douleur. Elle était très discrète, ce qui a nourri les rumeurs du voisinage. Il est possible qu'elle se soit intéressée au spiritisme, très à la mode à son époque, mais rien ne prouve qu'elle ait construit sa maison pour des fantômes.

Une attraction devenue mythe

Aujourd'hui, la Winchester Mystery House est l'un des sites touristiques les plus visités de la région. On y propose des visites à la lampe torche, des soirées spéciales le vendredi 13 et à Halloween. Un film, sorti en 2018 avec Helen Mirren dans le rôle de Sarah, a encore renforcé la légende.

Ce qui rend cette maison fascinante, ce n'est peut-être pas ses fantômes, mais la façon dont une femme solitaire et riche est devenue, après sa mort, le personnage d'une histoire qu'elle n'a jamais racontée. Les couloirs absurdes existent bel et bien. À chacun de décider si on y voit la marque d'une malédiction ou celle d'une architecte amateur qui avait les moyens de ne jamais s'arrêter.